Le dictionnaire des armes médiévales

Principales Armes Médiévales

D’après le Dictionnaire raisonné du mobilier français de Viollet-le-Duc (Tome 5)


ÉPÉE (Ensis, Gladius, Spatha)

L’épée constitue l’arme noble par excellence du Moyen Âge. À l’époque carolingienne, elle se compose d’une lame droite à deux tranchants, d’une longueur variant de 80 centimètres à un mètre. La poignée se termine par un pommeau destiné à équilibrer l’arme et à empêcher la main de glisser. La garde, d’abord simple et courte, s’allonge progressivement du XIe au XVe siècle pour mieux protéger la main.

Les lames carolingiennes présentent souvent une gouttière centrale destinée à alléger l’arme sans compromettre sa solidité. Du XIIe au XIVe siècle, l’épée s’allonge et devient plus massive pour percer les armures renforcées. Au XVe siècle apparaissent les grandes épées à deux mains, mesurant jusqu’à 1,80 mètre, nécessitant une force considérable.

La fabrication des lames relève d’un art raffiné : les meilleures proviennent de forges rhénanes ou italiennes, avec un acier trempé selon des procédés jalousement gardés. Le pommeau revêt diverses formes : disque, sphère, roue, ou formes polyédriques caractéristiques de chaque époque.

L’épée dans le Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carlovingienne à la Renaissance. Volume 5 / par M. Viollet le Duc :

épée : s.f. (branc). Arme offensive de main, sur l’antiquité de laquelle il n’est pas besoin d’insister.
Il est, avant l’époque dont nous nous occupons spécialement, diverses formes d’épées. Les unes sont à deux tranchants, d’autres à un seul. Certaines lames sont plates, légèrement convexes sur la section transversale ; quelques-unes portent des gravures longitudinales, un ou plusieurs nerfs saillants. Les tranchants sont rectilignes ou courbés, concaves ou convexes, ou parallèles jusqu’à la pointe. Il est de même une grande variété dans la forme des poignées.
Nous ne nous occuperons que très accessoirement, et pour indiquer au besoin certaines origines, des épées antérieures à l’époque carlovingienne.
Pendant le moyen âge, les mots branc et épée sont employés pour désigner cette arme qui, avec la lance, composait l’armement offensif principal des gens d’armes. La lame était l’alemelle ou la lumelle; la poignée, le helz, l’endeure, l’enheudeure, le heut ; le pommeau, le pont, le plommel; les gardes, l’arestuel, les quillons; le fourreau, le fourrel, le fuerre.

Galerie d’épées médiévales XIIe au XVe siècles issu du dictionnaire raisonné de Viollet le Duc


LANCE (Hasta, Lancea)

La lance médiévale se distingue par sa grande diversité de formes et d’usages. Arme d’hast par excellence, elle comprend un fer emmanché sur une hampe de bois. À l’époque carolingienne, le fer mesure de 30 à 50 centimètres, de forme losangique ou en feuille de saule, fixé par une douille conique.

Aux XIe et XIIe siècles, la lance du cavalier s’alourdit considérablement. Le fer s’allonge, la hampe s’épaissit pour résister au choc de la charge. Apparaît alors l’arrêt de cuirasse, petite pièce métallique placée sur la hampe pour caler la lance contre l’armure et éviter le recul lors de l’impact.

Du XIIIe au XVe siècle, on distingue plusieurs types : la lance de guerre, lourde et robuste ; la lance de tournoi, munie d’un fer émoussé appelé rochet ; la lance d’arçon pour les joutes. Les fers adoptent des formes variées selon leur destination : pyramidaux pour percer les armures, ailés pour empêcher une pénétration trop profonde.

La hampe, généralement en frêne pour sa solidité et sa flexibilité, mesure de 3 à 4 mètres pour les lances de cavalerie. Les lances d’infanterie sont plus courtes et plus maniables.


HACHE (Securis, Bipennis)

La hache d’armes se différencie nettement de l’outil agricole par son équilibre et son tranchant. À l’époque franque, la francisque présente un fer en forme de croissant, relativement léger, pouvant être lancé ou utilisé au corps à corps. Le manche court (60 à 80 centimètres) permet une manipulation rapide.

Du Xe au XIIe siècle, les haches nordiques introduites par les invasions vikings transforment l’armement. Ces haches à long manche et large fer tranchant deviennent redoutables contre les armures de mailles. Certaines, à deux tranchants (bipennis), peuvent trancher un casque d’un seul coup.

Aux XIVe et XVe siècles, la hache d’armes évolue vers une forme hybride combinant plusieurs fonctions : un tranchant pour couper, un marteau ou bec pour perforer, parfois une pointe supérieure pour frapper d’estoc. Le manche s’allonge jusqu’à 1,50 mètre, transformant l’arme en véritable hallebarde.

Les haches richement ornées deviennent insignes de commandement. Certaines présentent des fers damasquinés d’or et d’argent, des manches sculptés en bois précieux cerclés de métal.


MASSE D’ARMES (Clava ferrata)

La masse d’armes répond à une nécessité tactique : briser les armures sans les percer. Constituée d’un manche de bois surmonté d’une tête métallique massive, elle délivre des coups contondants d’une violence extrême. Les premières masses, aux XIe et XIIe siècles, présentent des têtes sphériques ou polyédriques en fer ou bronze.

Au XIIIe siècle apparaissent les masses à ailettes : des lames métalliques rayonnantes augmentent la pénétration tout en concentrant la force de l’impact. Ces ailettes, au nombre de quatre à six, peuvent être droites ou légèrement courbes.

Le fléau d’armes (du XIVe siècle) constitue une variante redoutable : une chaîne relie la tête au manche, permettant de contourner les parades et d’atteindre l’adversaire derrière son bouclier. Toutefois, cette arme requiert un maniement périlleux pour son utilisateur.

Les masses d’armes nobles, portées par les chevaliers et seigneurs, affichent souvent des têtes ciselées, des manches recouverts de velours ou de cuir repoussé. Certaines servent davantage d’insignes que d’armes réelles.


ARBALÈTE (Arcuballista, Balestra)

L’arbalète médiévale représente une révolution technique permettant à un combattant peu entraîné de percer les meilleures armures. Son principe : un arc d’acier ou de composite monté transversalement sur un fût de bois (arbrier), libérant un trait court (carreau) avec une force considérable.

Aux XIe et XIIe siècles, les arbalètes légères se bandent à la main ou au pied. Le mécanisme de détente (noix et détente) s’affine progressivement. Au XIIIe siècle, l’augmentation de la puissance nécessite des dispositifs mécaniques : le crochet de ceinture, puis le cranequin (mécanisme à crémaillère) ou le moufle (système de poulies).

Les arcs en acier trempé, introduits au XIVe siècle, quintuplent la puissance mais exigent un bandage laborieux. Un arbalétrier expérimenté tire deux à trois carreaux par minute, contre dix flèches pour un archer.

Le carreau, plus court (20 à 30 centimètres) et plus lourd qu’une flèche, présente un empennage réduit. Certains carreaux incendiaires ou à pointe carrée sont conçus pour des usages spécifiques. L’Église tenta d’interdire l’arbalète au concile de Latran (1139) contre les chrétiens, témoignant de son efficacité terrifiante.

L’arbalète dans le Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carlovingienne à la Renaissance. Volume 5 / par M. Viollet le Duc :

Arbalète : s.f. Arme de jet, dérivée de l’arc (arc-baliste), composée d’un arc fait de nerf, de corne ou de métal, d’un arbrier ou corps de bois destiné à fixer l’arc et recevoir le projectile, et d’une noix avec sa détente. Il est question d’arbalètes dès les premières croisades, et un manuscrit de la Bibliothèque nationale de la fin du Xe siècle montre, dans une de ses vignettes, deux arbalétriers tirant contre les remparts de la ville de Tyr. En 1139, cette arme, reconnue comme très meurtrière, fut interdite par le concile de Latran entre armées chrétiennes, mais permise contre les infidèles. Elle fut reprise par les troupes à pied de Richard Cœur de Lion et de Philippe Auguste, malgré le bref d’Innocent III qui renouvela les défenses du concile de 1139, et ne fut abandonnée, comme arme de guerre, que sous les règne de François Ier.


ARC (Arcus)

L’arc médiéval connaît deux traditions distinctes. L’arc simple, d’une seule pièce de bois (if, frêne, orme), domine en Europe occidentale. Long de 1,50 à 1,80 mètre, il exige un entraînement constant pour être maîtrisé. Les archers anglais du XIVe siècle, armés de longs arcs en if, déciment la chevalerie française à Crécy et Azincourt.

L’arc composite, hérité des traditions orientales, combine bois, corne et nerfs animaux collés. Plus court (1 à 1,20 mètre) mais plus puissant, il équipe notamment les cavaliers. Sa fabrication complexe nécessite plusieurs mois de séchage.

La flèche médiévale mesure 70 à 90 centimètres. Son fer adopte diverses formes selon la cible : longues pointes effilées contre les armures, fers larges pour la chasse, pointes pyramidales pour percer les mailles. L’empennage, généralement de trois plumes d’oie, stabilise le vol.

Les arcs richement ornés servent à la chasse noble. Certains présentent des bois sculptés, des renforts de corne incrustés d’argent. Le carquois, porté dans le dos ou à la ceinture, contient vingt à trente flèches.


DAGUE et MISÉRICORDE

La dague, arme de complément portée à la ceinture, sert tant au combat qu’aux usages quotidiens. Sa lame droite ou légèrement courbe mesure 20 à 40 centimètres. Du XIIe au XIVe siècle, elle présente une section triangulaire ou en losange, souvent avec une rigole.

La miséricorde constitue une dague spécialisée apparue au XIVe siècle : sa lame longue et effilée, de section carrée ou triangulaire, vise les défauts des armures. Son nom sinistre provient de son usage pour achever les chevaliers blessés, leur donnant la « miséricorde » d’une mort rapide.

Les gardes évoluent du simple quillon droit vers des formes complexes protégeant la main : garde en S, garde annulaire, ou garde à branches recourbées. Les poignées, en bois, corne ou os, s’adaptent parfaitement à la paume.

Certaines dagues de combat présentent un brise-lame : une entaille dans le fort de la lame permettant de saisir et briser la lame adverse. Les dagues d’apparat des nobles affichent des fourreaux richement décorés, des pommeaux émaillés ou sertis de pierres.


GUISARME et HALLEBARDE

La guisarme, arme d’infanterie du XIIIe siècle, combine un fer de lance avec une lame tranchante disposée perpendiculairement. Montée sur une hampe de 2 à 2,50 mètres, elle permet de frapper d’estoc avec la pointe, de tailler avec la lame latérale, ou de crocheter un cavalier pour le désarçonner.

La hallebarde, perfectionnement du XIVe siècle, intègre trois fonctions : une pointe pour frapper d’estoc, un tranchant de hache, et un crochet opposé pour tirer ou déséquilibrer. Son efficacité contre la cavalerie lourde fait la renommée des fantassins suisses.

Les hampes, en frêne ou en hêtre, mesurent généralement 2 mètres pour permettre d’atteindre un cavalier tout en restant maniables. Des lanières de cuir renforcent la jonction entre fer et hampe, point faible de ces armes.

Au XVe siècle, la hallebarde devient l’arme emblématique de la garde suisse. Ses fers, forgés avec soin, présentent souvent des décors ajourés. Les versions de cérémonie arborent des hampes peintes et des fers damasquinés.


ÉPIEU et JAVELINE

L’épieu se distingue de la lance par son usage cynégétique et militaire mixte. Son fer large, souvent muni d’ailettes transversales, empêche le gibier ou l’ennemi de remonter le long de la hampe. Mesurant 1,50 à 2 mètres, il sert tant à la chasse au sanglier qu’au combat d’infanterie.

La javeline constitue une lance légère destinée au lancer. Héritière du pilum romain, elle mesure 1,50 à 1,80 mètre, avec un fer relativement long (30 à 40 centimètres) pour une meilleure pénétration. Les fantassins en portent souvent plusieurs pour les lancer avant l’engagement au corps à corps.

Les fers d’épieu se caractérisent par leur largeur et leur solidité. Certains présentent des tranchants pour élargir la blessure. Les ailettes, placées à la base du fer, mesurent 5 à 10 centimètres et empêchent toute pénétration excessive.


VOUGES et FAUCHARDS

La vouge apparaît au XIVe siècle comme arme d’infanterie. Son fer, semblable à un large couperet courbé, monte sur une hampe de 2 mètres. Elle tranche comme une hache tout en offrant une plus grande portée. Certaines vouges présentent un crochet opposé à la lame principale.

Le fauchard, d’origine paysanne, transforme une faux en arme de guerre. Son fer courbe, emmanché dans le prolongement de la hampe plutôt que perpendiculairement, produit des blessures dévastatrices par cisaillement. Les mouvements de fauchage permettent d’atteindre plusieurs adversaires.

Ces armes d’hast, moins nobles que l’épée ou la lance, équipent néanmoins efficacement les milices urbaines et les garnisons. Leur fabrication relativement simple et leur maniement intuitif en font des armes populaires.


BADELAIRE et CIMETERRE

Le badelaire constitue une épée courte à lame courbe, apparue au XIVe siècle. Large à la base et s’effilant vers la pointe, sa courbure modérée permet des frappes tranchantes dévastatrices. Les marins et les hommes d’armes à pied l’apprécient pour sa maniabilité dans les espaces confinés.

Le cimeterre, d’origine orientale, pénètre l’armement occidental par les croisades. Sa courbure prononcée, son dos épais et son tranchant acéré produisent des coups de taille redoutables. Toutefois, son usage reste limité en Occident où l’épée droite domine.

Les gardes de ces armes courbes adoptent souvent une forme enveloppante protégeant la main des contre-coups. Les poignées, légèrement courbes, facilitent la préhension lors des mouvements de taille.


Conclusion

Cette nomenclature, bien que non exhaustive, illustre la richesse et la diversité de l’armement médiéval. Chaque arme répond à des nécessités tactiques précises, évolue avec les techniques de combat et reflète les innovations métallurgiques de son époque. Viollet-le-Duc, par son analyse minutieuse des sources iconographiques et archéologiques, a légué une documentation irremplaçable sur ces instruments qui façonnèrent l’histoire militaire de l’Occident médiéval.

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